1. Avant-propos
  2. Morceau de guerre civile
  3. Les premiers maîtres
  4. Avec l’Espagne, Jaén en marche
  5. Madrid, les Beaux-Arts
  6. Service Militaire, expériences des Iles Canaries
  7. Paris et ses approximations
  8. Radical retour vers l’Espagne
  9. Et retour aux sources sèches de Jaén
  10. Entre France et Espagne : peinture, mariage et chansons
  11. Jaén en quête de professeur
  12. Une place d’enseignant
  13. Aventure de la paternité
  14. Peindre à contre-courant
  15. Richesses provinciales
  16. Travaux de vacances
  17. Multiplicité
  18. Stabilité de peintre
  19. Approfondissement du phénomène flamenco
  20. Enseignement, atelier, amitiés, « cante », sur un même front
  21. Le temps presse
  22. Vacances avignonnaises et retour
  23. Exposition à Londres et retour
  24. Question de football
  25. Mort du Caudillo Francisco Franco
  26. Le lendemain
  27. Au plus près du « cante » flamenco
  28. Direction de l’Ecole et Démocratie
  29. Adéquation et progression
  30. Maladie du père, 1981
  31. Face aux vicissitudes : assiduité
  32. Mort du père
  33. Heu-reux ! A Torremolinos
  34. Mille deux cents croquis
  35. Nouvelles perspectives en France
  36. Tableaux en préparation pour Saint-Dié des Vosges
  37. Expositions d’envergure
  38. Empressement et accélération
  39. L’ultime Passion
  40. . . .

Travaux de vacances
L’été roule vers la Lorraine où ses vacances mouvementées n’empêcheront pas Fausto d’accrocher, jusqu’en septembre, la production d’une trentaine d’œuvres sur les murs intérieurs de la ferme, près de l’habitation où son fils patauge allègrement au soleil dans une bassine galvanisée. Parmi ces travaux le portrait -inachevé- de son beau-frère Jean-Marie et un autre de sa belle-sœur Réjane. Celle-ci, lui laissant toute liberté d’interprétation, découvre ses propres traits dans une composition vivement expressionniste qui l’enchante. Le tableau provoque une déférence toute nouvelle. Aux yeux de son beau-père Fausto n’est plus seulement l’accro des chansons coquines ou des livres grivois, ni le créateur de scènes scabreuses! Quant à ses exécutions spontanées elles surprennent d’autant plus que le peintre ne modifie en rien son attitude humble et silencieuse face aux congratulations ; au contraire, partant du principe que si une œuvre plaît immédiatement et à tout le monde c’est qu’il n’a pas obtenu la qualité vers laquelle il tendait en la peignant, il mesure toujours, avec défiance envers lui-même, les félicitations empressées d’autrui.

Les trajets entre Paris, l’Allemagne et la Lorraine animent les vacances besogneuses qui s’agrémentent aussi des visites de ses frères Ceferino et José installés à Paris. Et quoique la santé précaire de son beau-père inquiète l’entourage familial, la fin des vacances estivales embarque à nouveau Fausto, femme et fils, sous la bâche protectrice de la deux chevaux toujours gaillarde vers les routes du Sud. Les œuvres, en cette «odeur de sainteté» si caractéristique aux tableaux récents, dispersent leurs effluves comme si, entassées dans le coffre, elles respiraient : « Ultimos deseos », « Parodia del muñeco »,, « La batalla », « En el balcón », « Por Sevillanas », « Tercera edad », « El sostén », «  SoledadDerniers désirs, Parodie de poupée, La bataille, Sur le balcon, En valse, Troisième âge, Le soutien gorge, Solitude. »… L’ensemble de ces peintures s’éclaircit d’une pigmentation lunaire dont les gris bleutés, les ombres dorées et les bruns noircis s’adaptent avec précision à leurs émouvantes silhouettes. Souvent extraites du papier par un seul coup de chiffon, à la manière d’un époussetage en profondeur, les faces brouillées et les lignes identifiant l’humain qui s’y inscrit, démontrent une désinvolture apparente et peut-être intentionnelle envers le volume et la perspective. Cependant il émane de ces tableaux une lumière initiale qui perpétuerait la lueur du Premier Jour parcourant les ombres humides de la Création.


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