1. Avant-propos
  2. Morceau de guerre civile
  3. Les premiers maîtres
  4. Avec l’Espagne, Jaén en marche
  5. Madrid, les Beaux-Arts
  6. Service Militaire, expériences des Iles Canaries
  7. Paris et ses approximations
  8. Radical retour vers l’Espagne
  9. Et retour aux sources sèches de Jaén
  10. Entre France et Espagne : peinture, mariage et chansons
  11. Jaén en quête de professeur
  12. Une place d’enseignant
  13. Aventure de la paternité
  14. Peindre à contre-courant
  15. Richesses provinciales
  16. Travaux de vacances
  17. Multiplicité
  18. Stabilité de peintre
  19. Approfondissement du phénomène flamenco
  20. Enseignement, atelier, amitiés, « cante », sur un même front
  21. Le temps presse
  22. Vacances avignonnaises et retour
  23. Exposition à Londres et retour
  24. Question de football
  25. Mort du Caudillo Francisco Franco
  26. Le lendemain
  27. Au plus près du « cante » flamenco
  28. Direction de l’Ecole et Démocratie
  29. Adéquation et progression
  30. Maladie du père, 1981
  31. Face aux vicissitudes : assiduité
  32. Mort du père
  33. Heu-reux ! A Torremolinos
  34. Mille deux cents croquis
  35. Nouvelles perspectives en France
  36. Tableaux en préparation pour Saint-Dié des Vosges
  37. Expositions d’envergure
  38. Empressement et accélération
  39. L’ultime Passion
  40. . . .

L'ultime Passion
Semana Santa . Dernières Pâques.

Ephrem prend soin de son père depuis sa démobilisation militaire.

Jaime, Véronique et leurs enfants, Clara et Damián, viennent de Strasbourg ainsi que, de Rouen, Fausto, Hélène et leur fils Camille qui présentent Jeanne, âgée d’un mois, à leur grand-père Fausto. En voyant le bébé, la compassion paternelle, lui fait oser un sourire déjà muet, inaccessible, comme prohibé.

Les processions assourdissent les rues de ce tintamarre particulier aux fanfares religieuses et populaires ; applaudissements, cris d’enfants, conversations braillardes sous les accents chevauchés des trompettes et des grosses caisses.

Ephrem, qui, depuis la fin de son service militaire assiste son père, ouvre un passage dans la foule compacte en soutenant Fausto jusqu’à la porte d’entrée de la maison de Sérvula, où le gros de la famille va se réunir pour voir de près les pasos du Christ de l’ExpirationSculpture du Christ mourant sur la croix, attribuée à José de Medina ,de Málaga (XVIIIième s.)..

Vacillant au croisement de la rue Tablerón, à hauteur du balcon de l’appartement, le « Cristo de la Expiración » prend un virage si lent et si large que le regard mourant du crucifié croise, à quelques centimètres, le regard de Fausto qui, assis à l’étroit près de sa mère et tout aussi chancelant que la sainte figure par les porteurs bercée, adresse un salut intime, inédit, articulé, une tragique saeta suppliée: « hazme  sitio, que ahora voy *» ( « prépare-moi une place, j’y vais bientôt ».)

Puis, encore quelques jours. Douleurs supportées. Chants flamencos commentés, disséqués. Dessins, pour les Sonnets de Ramón Porras, à terminer. Le tableau, « Une Chanson », à signer et que Valenzuela emporte avec une « BañistaBaigneuse. » à Barcelonne.

Et puis les visites.

Paco monte voir les matches de foot télévisés qu’il commente en phrases silencieuses pleines de sourires larmoyants. Cefe vient aux nouvelles. Pepe aussi, une fois son cours du soir terminé. La mère, Mariflor et Maribel que la pensée d’une dégradation physique déstabilise, affrontent douloureusement la présence évanescente de Fausto. Des intimes veulent également apporter de la fraîcheur du temps et repartent à voix hautes… « ce n’est pas pour ma vie qu’ils craignent, c’est pour leur propre mort qu’ils reconnaissent sur ma tête…  »

Angel Estrada fait le voyage pour des adieux à son ami.


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