1. Avant-propos
  2. Morceau de guerre civile
  3. Les premiers maîtres
  4. Avec l’Espagne, Jaén en marche
  5. Madrid, les Beaux-Arts
  6. Service Militaire, expériences des Iles Canaries
  7. Paris et ses approximations
  8. Radical retour vers l’Espagne
  9. Et retour aux sources sèches de Jaén
  10. Entre France et Espagne : peinture, mariage et chansons
  11. Jaén en quête de professeur
  12. Une place d’enseignant
  13. Aventure de la paternité
  14. Peindre à contre-courant
  15. Richesses provinciales
  16. Travaux de vacances
  17. Multiplicité
  18. Stabilité de peintre
  19. Approfondissement du phénomène flamenco
  20. Enseignement, atelier, amitiés, « cante », sur un même front
  21. Le temps presse
  22. Vacances avignonnaises et retour
  23. Exposition à Londres et retour
  24. Question de football
  25. Mort du Caudillo Francisco Franco
  26. Le lendemain
  27. Au plus près du « cante » flamenco
  28. Direction de l’Ecole et Démocratie
  29. Adéquation et progression
  30. Maladie du père, 1981
  31. Face aux vicissitudes : assiduité
  32. Mort du père
  33. Heu-reux ! A Torremolinos
  34. Mille deux cents croquis
  35. Nouvelles perspectives en France
  36. Tableaux en préparation pour Saint-Dié des Vosges
  37. Expositions d’envergure
  38. Empressement et accélération
  39. L’ultime Passion
  40. . . .
Et retour aux sources
sèches de Jaén
Vingt-sept ans de paix…

Le gouvernement s’affaire à la préparation du référendum franco- franquiste prévu pour le 14 décembre 1966. Une sorte de relâche politique semble alléger l’atmosphère du pays. À Jaén aussi, où un essor du chant flamenco, bien qu’embryonnaire, répond au réveil provincial, déjà bien amorcé dans les grandes villes du sud.

On écoute avec intérêt, soit au travers de disques, soit en récital, les artistes vivants tels que les frères Mairena, Juan Talega, Fernanda et Bernarda de Utrera qui débutent en tabliers à fleurs sur les estrades, Canalejas de Puerto Real, Rafael Romero El Gallina, La Paquera de Jerez, Fosforito… La maison Hispavox édite la très sérieuse et très complète anthologie française : un ensemble d’enregistrements, pris à la source, des voix les plus significatives d’Andalousie dont quelques-unes n’étaient écoutées jusqu’alors que par un public familier restreint.

À Malaga, à Séville, à Cordoue, il se crée des peñas peña= association, club, amicale, cercle… qui associent leurs recherches sur le flamenco et qui collaborent au plaisir de découvrir une richesse musicale que des années d’appauvrissement moral avaient dénaturée. Fausto, étudiant à Madrid, avait découvert l’art du Flamenco sous un autre jour que celui de la version  chabacana vulgaire, basse . Son frère José qui espérait devenir danseur comme les grands Antonio et Carmen Amaya, ne s’était-il pas vu refuser par leur père, au nom de la bienséance, la permission de poursuivre ses entraînements artistiques ? Obéissant, d’ailleurs il dut rendre au marchand ses bottes de danse, si péniblement acquises... Il se laissa alors gagné par le désir de peindre.

Aujourd’hui, de retour chez lui et profitant d’une légère libéralisation institutionnelle qui semble vouloir gagner les sympathies internationale, Fausto se propose de concocter son propre florilège musical.

Il ne s’agit pas tant de structuration que du besoin essentiel de communier musicalement pour peindre ! La présence rituelle la plus indispensable se trouvant être enfermée dans les caves des radios -Radio Jaén, Radio Popular- il en assaille les couloirs bondés de disques anciens en attente muette.

Il entend, il enregistre sur magnétophone, il écoute, il peint. Les sons, les paroles, les contresens prennent leur place naturelle dans l’abside de son front récepteur où sont alors classés tous les nom, tous les textes, toutes les dates, pendant que les pinceaux diffusent, en rythme d’encensoir sur la toile, l’essence de ces exhalaisons chatoyantes. Comme s’il cherchait la preuve d’une réalité qui imprégnerait son imaginaire depuis sa conception. Comme une réponse aux interrogations musicales que sa surdité, allant et venant, féconderait de l’intérieur.

Par l’écoute attentive de la parole chantée, Fausto conjugue une re-connaissance qui étaie la versatilité apparente de son esprit andalou et, cela, même lorsque le verbe lui provient d’Offenbach, de Charles Trenet, de Puccini ou de Mistinguett. Il y trouve non seulement une source énergétique -le Verbe fait Peinture- mais surtout une équation qui règlerait la dichotomie d’une synesthésie latente et salvatrice.

Vingt-sept ans de paix… Vingt-sept ans de pause… Vingt-sept ans d’aphonie …

Fausto multiplie les rencontres avec ceux qui partagent la même curiosité récupératrice d’une sagesse populaire dénigrée. Avec des personnes de tout bord, d’ailleurs, ce qui contribue à cicatriser quelques brûlures encore à vif et à rétablir cet équilibre mystérieux qui flue sur les galets du Sud, entre le cacique et le prolétaire, caractérisant une parité contradictoire mais souvent utile au Flamenco.

Des virées s’organisent spontanément, vers Grenade par exemple où le chauffeur de car dit connaître un phénomène du chant, Cobitos « Cobitos » Manuel Celestino Cobos, Cantaor de Grenade (1896-1986 ) , dont la voix frêle interprète puissamment les medias granaínas, vers Jeréz de la Frontera, car il serait possible d’y entendre El Borrico « El Borrico », Gregorio Manuel Fernández Vargas, Jerez de la Frontera (1910-1983 ) puis passer par Cadix pour y voir El Pericón « Pericón de Cádiz », Juán Martinez Vilchez, Cádiz, (1901-1980 ) chanter ses Alegrías. Les concours de Chant flamenco commencent également à s’établir sur la géographie andalouse. Les élans évolutionnistes, tels que ceux des frères Moreno Galván Francisco Moreno Galván, poeta lettriste de chants flamencos. Puebla de Cazalla (1925-1999 ) , récemment encore, griffés par les barbelés franquistes, font progresser Menese « Menese » José Meneses Scott. Puebla de Cazalla (1942 ) , Gerena Manuel Gerena. Puebla de Cazalla (1945 ) et d’autres jeunes artistes, ainsi que les plasticiens qui s’intéressent à l’esthétique visuelle du flamenco.


>>Chapitre suivant : Chapitre 9