. . . EMPREINTES . . .

Françoise Gérardin

Mujer con adolescente (Femme et adolescent)

Huile sur toile. 81cm.X 65cm.

Vacances à Buis les Baronnies. Chez ma mère, au moulin à huile nous passons une partie de l’été avec nos trois enfants, ce qui leur permet de mieux connaître leur grand-mère, la famille et l’environnement français, si différent de celui de Jaén où se déroule leur enfance.

Fausto, en cette année 1973, suggère de louer un atelier à Avignon afin de pouvoir travailler avec sérénité tout en assistant au tumulte festivalier de la cité papale. Pour ma part et dans la mesure du possible, je partagerais les journées entre les deux lieux qui ne sont séparés que d’une soixantaine de km.

L’appartement une fois déniché rue Bonneterie, Fausto y débarque, muni de son Nikon, de ses boîtes de couleurs, ses pinceaux, quelques châssis et toiles avec un minimum de vêtements, la cafetière, lait, sucre… rien oublié. Un long couloir à tomettes rouges date la maison dès son entrée ainsi que le grincement des vieilles portes. L’ombre y est presque fraîche et les fenêtres, sur la rue, assez hautes pour que la lumière parvienne jusqu’au chevalet de campagne qu’on déplie. Bienque la lumière du jour soit superflue pour l’artiste noctambule qui, durant les heures ensoleillées, investira la Place de L’Horloge, harnaché à la sacoche et Nikon F1 à la main ; Ce modèle lui permettra, en en retirant le capuchon, de photographier clandestinement les scènes de rue et les passants. Il n’est pas question de montage artistique mais plutôt de prises instantanées de mouvements furtifs depuis son état major, la table du bar Ric-Rac ! Là, il cueille les feuilles volantes qui annoncent de truculentes représentations circassiennes ou musicales, en plus des offres classiques des IN et OFF propres à la ville, et qui débordent des cours et des jardins autrefois religieusement entretenus. Tous les soirs , l’ascèse qu’il s’est imposée le rappelle à son atelier provisoire. C‘est avec une volonté bien affermie que Fausto prépare minutieusement ses pinceaux, les vernis et les couleurs qui circonscriront les taches informes préalablement « torchées » pour recevoir l’ordonnancement sacralisé d’une vie propre que transporteront les œuvres au fil du temps.

Les jours passent et l’exigence vertueuse ne manifeste que quelques élans réfrénés. Quand je vais le voir, Fausto m’avoue que rien de bon ne résulte de ses efforts quotidiens. Comme si les démonstrations artistiques, les cinémas, ouverts sur des films tels que la violente comédie Themroc, les Fellini, les tentations théâtrales, les rues, insinuant les sons crépusculaires d’un hippisme somnolent, les agroupements formés par les journalistes, dépistant les acteurs en flânerie, tout cela rassasie son appétit professionnel. Il ne trouve pas son rythme. Trempé dans une facilité inhabituelle, le manque lui ferait-il défaut ?
Toutefois, à la fin du séjour avignonnais et à l’heure de replier bagages, nous saute à la figure l’éclat volcanique de cette toile, éclipsée entre les châssis et les cartons éparpillés ; un énigmatique tableau au titre déjà défini ( fait inhabituel chez Fausto qui ne baptise d’ordinaire qu’à de rares occasions ses œuvres récentes).

Trente-six ans après son exécution, ce tableau surprend encore par le décharnement anguleux de sa sensualité, et l’ironique et jubilatoire complicité qui s’y exprime en cache crûment l’inavouable libertinage.

Fausto, dont la formation classique ressort par tous les pores de ses créations, utilise souvent , comme ici, la composition en croix de Saint- André (X) qui rappelle celle que les peintres baroques affectionnaient. Velázquez, Zurbarán, Rubens, Le Greco, Murillo… l’ont amplement déployée.

Au premier abord, cette œuvre est aussi rébarbative qu’un morceau de tôle rouillée repeinte à l’oxyde de fer ! Passée la première sensation, le regard du spectateur s’accroche aux quatre touches blanches qu’il devine être le blanc de dentitions irrégulières et d’yeux désorbités, puis, le spectateur discerne un profil noirci, découpé dans un bain vermillon ambiant. Tiens ! En bas à gauche, bien visible, un trait noir et net, en demi lune, soutient un sein qui pèse, malgré la volumétrie cubique de sa posture. Face à lui, à droite, trois coups de pinceau blancs dessinent la manche arrondie d’un bras qui disparaît subitement sous le tableau ! L’équilibre scabreux de la scène s’ancre, de gauche à droite, dans une mouvance qui tangue. Une médiane abstraite, par artifice d’ocre sablé et deux entailles ricanantes, coupe la représentation en son milieu, jusqu’à l’intersection centrale d’une ligne qui ondule dans sa descente lubrique. Celle-ci, depuis l’angle obscur de droite façonne les profils, ficelle le sein, puis s’immobilise au rouge d’une main qui fait front à la noirceur de l’angle «siniestre». Dans ce coin d’incertitude s’inscrit, en noir vers le rouge ganté, la signature appliquée : F.OLIVARES pas plus ni moins original que d’habitude mais qui, en unique ligne horizontale, ramène délicatement son aventure à bon port.

Pendant ce mois de curiosités intercalées Fausto a donc élaboré et signé ce MUJER CON ADOLESCENTE, qui par sa tranchante élaboration surpasse, et de loin, l’angoissante expérience du vide intérieur.


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